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anicolas

 

Alexandre Nicolas :

Cartographe - géomaticien,

ancien officier géographe

du Ministère de la Défense.

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AUTEUR

Les ascensions oubliées des officiers géographes dans les Alpes du Sud

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La Vallouise en 3D selon les cartes de Bourcet/d'Arçon
Réalisation : Alexandre Nicolas

Une autre histoire des Alpes : les ascensions oubliées des officiers géographes dans les Alpes du Sud
• La carte de Bourcet, 1749-1755
• La carte générale de la France, dite carte de l’État-Major, 1823-1830, 1851-54

Recherches menées par Olivier Joseph, Paul Billon-Grand et Alexandre Nicolas, cartographe (France)
Eugenio Garoglio (CeSRAMP – Université de Turin)
Contact : Olivier Joseph – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. – 06 88 56 61 95

C’est à l’occasion de la commémoration du 150ème anniversaire de l’ascension de la Barre des Écrins, en 2014 sous l’égide de l’office de promotion de la communauté de communes du Pays des Écrins (Destination Écrins, Hautes-Alpes), de l’Office de Tourisme de la Vallouise, du Parc national des Écrins et de la Compagnie des guides Oisans-Écrins, qu’Olivier Joseph et Paul Billon-Grand se sont intéressés, le premier en historien, le second en toponymiste, aux événements ayant précédé cette ascension importante dans l’histoire de l’alpinisme.

Située au cœur des massifs des Écrins et de l’Oisans (Hautes-Alpes et Isère), la Barre des Écrins est une montagne de 4102 mètres d’altitude qui était, jusqu’au rattachement de la Savoie à la France (1860), le plus haut sommet français. Les Écrins forment une vaste montagne glaciaire dans leur face nord, où prend naissance la Glacier Blanc. L’ascension jusqu’à l’altitude de 4000 mètres se fait sans difficulté majeure : seuls les 100 derniers mètres, sur une face verglacée et sur une arête aérienne sont plus délicats, mais néanmoins accessibles. 

Son ascension, le 25 juin 1864, par une cordée composée d’un guide français, Michel Croz, d’un guide suisse, Christian Almer, et de trois alpinistes anglais, Adolphus Warburton Moore, Horace Walker et Edward Whymper, marque une date importante. Elle fait entrer le massif des Écrins dans l’histoire de l’alpinisme sportif.

Alors même que les deux récits de Whymper et de Moore ne mentionnent jamais le fait que cette ascension ait été une première, les compilations anglaises puis françaises ont attribué très rapidement à la cordée de Whymper le mérite de la première ascension.

En portant nos regards sur les décennies précédant cette ascension, en reprenant à frais neuf les récits et les archives des personnes qui ont fréquenté ce massif de haute montagne entre les XVIIe et XIXe siècles, nous sommes allé de surprise en surprise. Nous avons non seulement compris l’ampleur des travaux conduits sur le terrain par les officiers-géographes aux XVIIIe et XIXe siècles, mais nous avons aussi retrouvé les traces de leurs exploits scientifiques et sportifs. Et nous commençons à comprendre les mécanismes qui ont conduit à l'oubli de ces ascensions, alors même qu'un des plus importants alpinistes anglais en a donné les clés.

Les ascensions de 1750-51

Les minutes originales de la carte de la frontière des Alpes dauphinoises (Service Historique de la Défense – J 10 C 512 et 516), établie entre 1749 et 1755 sous la direction de Pierre-Joseph de Bourcet, ingénieur militaire, sont un chef d’œuvre de cartographie peu connu. Les minutes originales, aquarellées, sont dessinées au 1/14 400e. De très nombreux détails y figurent : maisons, cabanons, chemins, rivières, etc.
Extrait de la carte de Bourcet (Briançon)
Extrait de la cart de BourcetNous avons eu la surprise de découvrir, sur les feuilles représentant le Queyras, que Bourcet et ses officiers avaient très vraisemblablement escaladé le Viso (3 841 m) lors des opérations de géodésie conduites en 1750 ou 1751.

La consultation du canevas géodésique de la carte de Bourcet (S.H.D. – J 10 C 511) a permis d’établir la réalité de cette ascension. En reportant tous les sommets formant les triangles primaires de la géodésie de Bourcet sur un modèle numérique de terrain actuel, nous avons montré que, durant l’été 1750 ou 1751, Bourcet et ses officiers ont bien escaladé le Viso, mais encore le Bric Froid (3 302 m), le pic de Rochebrune (3 320 m), l’Aiguille Noire en Clarée (2 870 m) et le Râteau Ouest (3 769 m). Et au moins cinq autres sommets à l’intérieur du massif des Écrins, dans les vallées adjacentes à celle du Vénéon et de la Bérarde que nous avons encore du mal à identifier, mais qui pourraient être le Jandri, l’Aiguille du Plat de la Selle, le Pic du Says, etc.

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Si les sommets clairement identifiés ne présentent pas de difficultés d’ascensions majeures, ils sont néanmoins situés en haute altitude et exigent des personnes qui les gravissent, aujourd’hui comme en 1750, de franchir des terrains glaciaires (Râteau), des pentes raides (Viso, Râteau), des ressauts rocheux qui doivent être escaladés avec les pieds et les mains (Viso et surtout Aiguille Noire).

Nous savons, par une série de documents conservés aux Archives Départementales des Hautes-Alpes (E DEP 57 BB 53, pièces justificatives de la trésorerie de la communauté de Vallouise), que les officiers étaient systématiquement accompagnés dans ces ascensions par trois habitants des vallées qui portaient les instruments de mesure, et d’un autre qui les guidaient. D’autres habitants des communautés montagnardes étaient réquisitionnés pour installer sur les sommets des « jalons » : signaux permettant les visées de loin, composés d’un tronc d’arbre de 10 à 15 mètres de hauteur, et d’un drap blanc formant « banière ».
Ces ascensions, qui sont dorénavant les premières connues de ces sommets, ont été de véritables exploits sportifs et scientifiques avant l’heure.
Les ascensions du Viso et du Râteau Ouest par les officiers placés sous le commandement de Bourcet, interviennent respectivement 110 ans et 120 ans avant les premières admises jusqu’à ce jour : 1861 pour le Viso (William Mathews, Frederick William Jacomb, Michel Croz et Jean-Baptiste Croz) ; 1 873 pour le Râteau (Miss Meta Brevoort, W. A. B. Coolidge, Christian Almer, Peter Michel, Peter Bleuer et Christian Roth).
Mais ces deux ascensions majeures ont aussi lieu 35 ou 36 ans avant celle du Mont-Blanc.
C'est dire l’importance de la campagne de géodésie et de cartographie menée sous la direction de Pierre-Joseph de Bourcet au regard de l’histoire de la présence humaine sur les hauts sommets des Alpes.


Les ascensions de 1851-53

Lors de la campagne géodésique et cartographique des années 1851, 1852 et 1853, visant à terminer la Carte Générale de la France – dite carte de l’État-Major – des officiers topographes et cartographes de l'État-Major ont gravi une bonne vingtaine de sommets du massif des Écrins.

Le premier sur les lieux, le capitaine Alexandre Davout, neveu du maréchal d’Empire Davout, secondé par le lieutenant Froester, avait la mission d’établir la géodésie dite du second ordre. Lors de cette campagne, il a gravi l’Aiguille Centrale d’Arves (1852, 3513 m) et, probablement le pic Jocelme (3457 m, 1853, Bonvoisin sur la carte). Pour l’Aiguille Centrale d’Arves, ce ne semble pas être une première : des documents permettent de savoir que des habitants de Valloire y sont monté en 1839. En revanche, pour le Jocelme c’est la première connue et attestée.

Puis, durant l’été 1853, d’autres officiers sont venus dans le massif pour établir la géodésie finale en stationnant sur les points désignés et mesurés préalablement par le capitaine Davout, afin de fixer les limites entre communes permettant de rabouter les cartes du cadastre, mais surtout d’obtenir le maximum d’altitudes et de détails pour dessiner la carte. 

C’est ainsi que, durant l’été 1853, les officiers en charge des derniers relevés topographiques et de la cartographie ont escaladé les sommets suivants :

• le lieutenant Émile Meusnier : la Barre des Écrins (4 102 m), le Pelvoux (3 946 et 3 932 m), l’Ailefroide Orientale (3 847 m), l’Ailefroide Occidentale (3 954 m), Neige-Cordier (3 614 m), les Agneaux (3 664 m), la Pointe Nérot (3 538 m) ; 

• le capitaine Joseph Constant Cousinard : le Bonvoisin (3 480 m) et le Jocelme (3 457 m) ;

• dans le secteur de la Bérarde, le capitaine Louis-Hippolyte Bourgeois : la Tête Nord du Replat (3 342 m), l’Aiguille du Plat de la Selle (3 596 m), le Grand Pic de la Grave (3 667 m), le Jandri, la Tête des Fétoules (3459 m), l’Aiguille des Arias (3 221 m), l’Aiguille d’Entre-Pierroux (3 168 m) et la Cime du Montagnon (2 895 m) ; 

• et, enfin, au sud, le capitaine Courrier : les Rouies (3 589 m) et le Sirac (3 441 m).
Si les documents des années 1851-53 ne permettent pas de donner avec certitudes des dates (mois et jours) pour ces ascensions, les données géodésiques des minutes de la carte finale convergent pour attester la réalité de ces ascensions.

Chaque officier était accompagné d'un muletier et d'un ou plusieurs guides. Payés directement par les officiers sur les sommes qui leur étaient confiées à leur départ de Paris, les noms de ces guides et muletiers n'apparaissent jamais dans les archives – correspondances et mémoires – des officiers de l'État-Major. Seuls des accidents dramatiques permettent de conserver des traces de ces montagnards anonymes. En 1853, le guide du capitaine Vuillemot, chute sous ses yeux dans le Valbonnais : les secours financiers demandés par l'officier permettent d'identifier le guide. Il en va de même pour un guide du capitaine Adrien Durand : foudroyé sous ses yeux dans le Vercors, il est identifié dans les archives.

 

Conclusions… provisoires
Les recherches menées dans les fonds d’archives du Service Historique de la Défense, de l’I.G.N., ainsi que des archives départementales de l’Isère, des Alpes de Haute-Provence et des Hautes-Alpes, permettent de prendre la mesure des opérations sur le terrain nécessaires à la réalisation des cartes de Bourcet (1749-1755) et de l’État-Major (1851-1854 pour les Alpes du Sud). Elles permettent aussi la découverte, à ce jour, de plus de trente ascensions oubliées de sommets majeurs dans les massifs de l’Oisans, des Écrins, dans le Queyras et l’Ubaye. Toutes ces ascensions sont le fruit d’une collaboration sur le terrain des officiers-géographes, des officiers de l’État-Major et d’habitants des vallées, porteurs et guides.

De ces deux opérations cartographiques, celle des années 1749-1755 dans le Haut-Dauphiné est la plus importante au regard de la connaissance historique. Les ingénieurs géographes avaient acquis dès le milieu du XVIIIe siècle, une connaissance fine de la topographie des Alpes du Sud. Les sommets les plus importants, accessibles ou non, visés depuis toutes les points de la géodésie primaire étaient localisés précisément et le niveau des détails dans les zones habitées n’avait rien à envier aux cartes actuelles au 1/25000e. La Barre des Écrins, par exemple, avait été visée et localisée précisément par des triangulations conduites depuis la Vallouise, la haute Romanche et le Vénéon. Contrairement à ce qui a toujours été écrit dans les histoires de l'alpinisme, la Barre des Écrins était connue comme étant le plus haut sommet du massif, et elle était précisément localisée aussi bien depuis la Vallouise que depuis le Vénéon, depuis au moins le milieu du XVIIIe siècle.

La mise en 3D des cartes de Bourcet et d’Arçon, effectuée par Alexandre Nicolas, révèle que les ingénieurs militaires avaient une connaissance, jusque là négligée, du relief : sur la carte de la Vallouise en 3D, les formes et les volumes du Pelvoux, du Pic-Sans-Nom et des Sagnes, apparaissent sans ambiguïté.

Il semble assuré, de plus, que des recherches plus approfondies sur ces mêmes cartes pour les Alpes-Maritimes augmentera le nombre de sommets gravis avant la naissance de l’alpinisme sportif.

Des recherches similaires menées en Italie par Eugenio Garoglio, historien au Centro Studi e Ricerche storiche sull’Architettura Militare del Piemonte de l’Université de Turin, ont permis de découvrir une série d’ascensions oubliées sur des sommets majeurs des Alpes piémontaises. Elles sont intervenues, elles aussi, lors des projets de cartographie militaire des XVIIIe et XIXe siècles. Mais certaines ont pris place avant, parfois bien avant.

Présente lors de la conférence du 14 août à Vallouise annonçant publiquement ces découvertes, Michèle Virol, professeur à l’Université de Rouen, présidente du conseil scientifique du Comité Vauban-UNESCO, spécialiste de Vauban et des ingénieurs militaires aux XVIIe et XVIIIe siècles, a confié ses impressions : « Votre travail est un tour de force qui nous oblige à repenser ce que nous pensions savoir : les montagnes et les littoraux n’étaient ni des blancs de la carte, ni des non-lieux. Il faut poursuivre le travail. »

Quant à Sue Hare, administratrice de l'Alpine Club, elle ne cachait pas son enthousiasme à la fin de la conférence.

Ces découvertes ne sont qu’un début : il nous reste à comprendre de façon fine l’ensemble des opérations sur le terrain des officiers ayant mené ces deux grands projets de cartographie. Il nous reste encore à reconstituer les vies des habitants des communautés montagnardes qui ont accompagné les officiers dans leurs patient travail afin de comprendre qui étaient ces héros anonymes.
Mais d’ores et déjà, nous savons que nos recherches sont une porte grande ouverte sur une autre histoire des Alpes.


Olivier Joseph,
Alexandre Nicolas, Paul Billon-Grand et Eugenio Garoglio

Vallouise, le 15 août 2015.

 

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Derniers Ouvrages

  • 7 October, 2020
    L'Empire Romain

    L'Empire Romain

    Réalisation de la cartographie de ce nouveau numéro de la documentation photographique : L'Empire Romain (CNRS Éditions)
    Sous la direction de Pierre Cosme (Professeur d'Histoire romaine à l'université de Rouen, Groupe de Recherche en Hisoire EA 3831 )

    Couverture de ce numéro (octobre 2020)

    L'Empire Romain (CNRS Édition)
    Au Ier siècle av. J.-C., Rome a formé un empire à l’échelle de l’Europe occidentale et de la Méditerranée. Tout en conservant les apparences républicaines, Auguste fonde un nouveau régime politique : le Principat. Il adapte ainsi les institutions romaines aux dimensions de l’Empire. Ce moment politique essentiel ouvre une période de cinq siècles d’unité territoriale autour de la Méditerranée pendant laquelle s’épanouit la civilisation gréco-romaine.
    Ce dossier explore l’Empire romain dans sa diversité, ses évolutions et ses éléments de continuité structurants. Il offre un aperçu de cette société fortement hiérarchisée, reposant sur l’esclavage, mais dans laquelle des affranchis peuvent s’élever à des fonctions parmi les plus hautes de l’État.

    Quelques cartes de l'ouvrage :

    Carte : L'empire romain et les nouvelles capitales impériales au IVe siècle
    L'empire romain et les nouvelles capitales impériales au IVe siècle
    Carte :
    Migrations et invasions barbares dans le première moitié du Ve siècle

    Carte : Migrations et invasions barbares dans le première moitié du Ve siècle
    Carte :
    Les provinces romaines à la fin du IIe siècle

    Carte : Les provinces romaines à la fin du IIe siècle

    Carte : Principaux espaces de production et axes commerciaux dans l'Empire Romain

    Carte : Principaux espaces de production et axes commerciaux dans l'Empire Romain

    Carte : Le Portus à Ostie près de Rome
    Carte : Le Portus à Ostie près de Rome

    Carte : Plan de Constantinople
    Carte : Plan de Constantinople


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  • 3 September, 2020
    Guerre du Péloponnèse

    Guerre du Péloponnèse

    L’Histoire de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide - préface par Olivier Rolin, traduit par Charles Zevort aux Éditions de l'École de Guerre.
    Cartographie Alexandre Nicolas.

      " L’Athénien Thucydide a écrit l’histoire de la guerre entre les Péloponnésiens et les Athéniens et raconté les divers incidents de cette lutte. Il a commencé son œuvre au début même des hostilités, prévoyant combien cette guerre serait importante, combien plus mémorable que celles qui avaient précédé : il en avait pour preuve les immenses ressources de tout genre avec lesquelles les deux peuples allaient s’entrechoquer, et les dispositions des autres États de la Grèce qu’il voyait ou prendre parti immédiatement, ou méditer dès lors de le faire. C’est là, en effet, le plus vaste mouvement qui jamais se soit produit chez les Grecs ; il embrassa une partie des barbares, et ébranla pour ainsi dire au loin l’univers."

    Ouvrage intemporel, l’Histoire de la Guerre du Péloponnèse conserve toute sa pertinence pour comprendre les dynamiques des forces de  notre époque.
    .

    Carte : la guerre du Péloponnèse

    Carte : la guerre du Péloponèse

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  • 1 September, 2020
    6MOIS - N°19

    6MOIS - N°19

    Dans toutes les bonnes librairies, sort ce mercredi 15 mai 2020 le nouveau numéro du magazine 6MOIS, le XXIe siècle en images, magazine qui donne la part belle à la photo et au photojournalisme. Réalisation cartographique d'Alexandre Nicolas.

    6M19 couv

    Éditorial :

    Une enquête sur la santé des photojournalistes ? On pense maladies du grand reporter : tourista, paludisme, voiture piégée, assassinat ciblé. L’état des lieux dressé en juin 2019 par la sociologue Irène Jonas tranche avec un quelconque romantisme et rapproche les photographes des chauffeurs Uber. Le premier risque du métier, dans un univers de la presse abîmé, est le même que celui subi par un ouvrier dans une usine en liquidation, ou en pleine « réorganisation », comme on dit maintenant : perte de sens, burn-out, sentiment de ne pas être respecté, peur de l’avenir. Vient ensuite la pénibilité : les horaires, la flexibilité, le matériel à porter. Puis l’absence de soins. La plupart des photographes cumulent les statuts : autoentrepreneurs, pigistes (payés en salaire), auteurs (cotisant à l’Agessa). En multipliant les régimes, ils sont privés d’un accès correct à la sécurité sociale, aux mutuelles, aux caisses de retraite. Certains comptent sur leur conjoint, ou prient pour ne jamais tomber malade, avoir besoin de lunettes… D’autres repoussent puis oublient un projet de grossesse. D’autres encore vieillissent sans le sou.

    Dans ce paysage sinistré, 6Mois ne fait pas figure de solution. Nous ne paraissons que deux fois par an, trop peu pour assurer des perspectives aux photographes. Exigeants mais humbles, nous savons que nous ne sauverons pas ce métier. Nous ne paierons jamais assez celui qui a passé un an, dix ans, une vie sur un sujet. Carolina Arantes, qui ouvre notre triptyque sur le Brésil, travaille sur l’agrobusiness depuis six ans. Javier Alvarez a régulièrement passé six à huit semaines, entre 2014 et 2019, dans un squat de São Paulo.

    Comment gratifier un tel engagement ? Comment rendre justice à leur travail ? C’est toute notre ambivalence : nous aimons des projets qui ne reposent sur aucun modèle économique. Nous primons la passion, le dévouement, le courage, sans être capables de vraiment les rétribuer. Nous payons honnêtement : autour de 2 500 euros le reportage. Cette somme dépend du nombre de pages publiées, pas du nom du photographe. Qu’il soit un inconnu habitant un village iranien ou une star américaine, nous accordons à chacun la même attention. Et nous défendons leurs projets auprès de vous, lecteurs, avec le même enthousiasme.

    Alors que faire ? À la lecture de ce rapport, on ne doit pas se contenter du constat. Chacun peut, à son niveau, s’engager à participer à la survie d’un photojournalisme aussi remarquable que les femmes et les hommes qui le pratiquent. À 6Mois, nous leur proposons de publier leur projet sur une vingtaine de pages. Nous tentons de coller au plus près de leur démarche. De les guider dans le travail de légendes, d’éclairage, pour faire émerger le sens et la dynamique de leur histoire. Cette année, pour la première fois, nous lançons aussi un prix doté de 10 000 euros et accompagnerons un ou une photographe dans la poursuite de son projet (voir page 305). Cette fois encore, nous encouragerons le souffle, l’engagement.

    Et vous ? Si vous lisez ces lignes, si vous tenez 6Mois entre vos mains, vous faites votre part. Les photographes ne vivent que grâce aux publications qui les rétribuent ; nous ne vivons que grâce à vous, lecteurs. Aucune page de publicité, aucun mécénat. Chaque fois que vous dépensez 26 euros pour cette revue de 300 pages, vous permettez à ces professionnels de mettre une noix de beurre dans leurs épinards. D’aller voir un dentiste. De contracter une mutuelle. De partir en vacances une semaine. C’est rien, n’est-ce pas. Cela aide pourtant à avancer, à se projeter. De notre part à tous : merci

    Carte - Le Cartographe 6Mois
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  • 31 August, 2020
    Des cartes géologiques

    Des cartes géologiques

    La Revue des Vins de France (https://www.larvf.com/) m'a sollicité il y a quelques temps déjà, pour réaliser des cartes géologiques précises. Terroirs viticoles, Vignobles bénéficiant d'une AOC, régions géographiques (Loire, Provence, Alsace...) les territoires à cartographier sont variés. Ces cartes sont conçues grâce à l'expertise de Sophie de Salettes pour la conception et par Le Cartographe pour la réalisation et la charte graphique.

    Ces cartes sont indispensables à la bonne compréhension des vignobles. En France la vigne est implantée sur des sols de nature très différente d'une région à l'autre de l'hexagone. De nombreux types de sols viticoles de profondeur variable sont favorables à la culture de la vigne : sols argilo-calcaires en Bourgogne, sols schisteux à Collioure, sols argilo-calcaires, granitiques ou schisteux en Beaujolais… L’examen visuel et la dégustation des vins issus des raisins vendangés dans les différentes régions viticoles de France a mis en évidence l'influence de la composition du sol sur le cépage, le porte-greffe, la maturation et la qualité des raisins vendangés et au final sur les propriétés organoleptiques  des vins obtenus.

    Voici donc quelques exemples de nos réalisations pour la Revue :
    .

    Carte géologique de l'AOC Saint-Pourçain
    Carte géologique de l'AOC Saint-Pourçain

    Carte géologique de l'AOC Saint-Nicolas de Bourgueil
    Carte géologique de l'AOC Saint-Nicolas de Bourgueil

    Carte géologique de l'AOC Jasnières
    Carte géologique de l'AOC Jasnières

    Carte géologique de l'AOC Crozes-Hermitage
    Carte géologique de l'AOC Crozes-Hermitage

    Carte géologique de l'AOC Fixin
    Carte géologique de l'AOC Fixin

    Carte géologique de l'AOC Côtes de Provence Sainte-Victoire
    Carte géologique de l'AOC Côtes de Provence Sainte-Victoire

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  • 30 August, 2020
    Humanisme, réformes...

    Humanisme, réformes...

    Réalisation de la cartographie de ce nouveau numéro de la documentation photographique : Humanisme, réformes et conflits religieux (CNRS Éditions)
    Sous la direction de Denis Crouzet (Professeur d'histoire moderne à Sorbonne Université UMR 8596)

    Couverture de ce numéro (Septembre 2020)

    Humanisme, réformes et conflits religieux
    Grand mouvement de renaissance intellectuelle et culturelle, fondée sur une rupture avec le Moyen Âge, un retour à la culture antique et une fois dans la perfectibilité de l’homme, l’humanisme a nourri les réformes du XVIe siècle dans un contexte d’angoisse religieuse et eschatologique extrême. Dans ce dossier de la Documentation photographique, Denis Crouzet montre le souci de « désangoissement » qui préside aux différentes réformes religieuses et analyse les conflits et la violence déchaîné par la rupture de l’unité chrétienne.

    Carte : La diffusion des réformes religieuses au XVIe siècle en Europe
    Carte : La diffusion des réformes en Europe
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  • 10 May, 2020
    L'Asie du Sud-Est

    L'Asie du Sud-Est

    Réalisation de la cartographie de ce nouveau numéro de la documentation photographique : L'Asie du Sud-Est (CNRS Éditions)
    Sous la direction de Marie Gibert-Flutre (Géographe du Vietnam, de l'Asie du Sud-Est, Maître deconférence à l'Université de Paris)

    Couverture de ce numéro (février 2020)

    L'Asie du Sud-Est (CNRS Édition)
    Longtemps perçue comme un espace intermédiaire entre les géants indiens et chinois, l'Asie du Sud-Est est pourtant un monde en soi.
    L'immense variété ethnique, culturelle et religieuse qui la caractérise ne doit pas faire illusion : l'ensemble des pays de l'Asie du Sud-Est sont confrontés à des dynamiques et des enjeux communs dans le contexte de la mondialisation et de la montée en puissance de leur voison chinois. À des degrés divers, ils connaissent des bouleversements et des paradoxes induits par l'émergence.

    Quelques cartes de l'ouvrage :

    Carte : Déforestation et essor de l'huile de palme à Bornéo
    Déforestation et essor de l'huile de palme à Bornéo

    Carte : La salinisation du delta du Mékong
    La salinisation du delta du Mékong

    Carte : Coopérations maritimes en Asie du Sud-Est
    Coopérations maritimes en Asie du Sud-Est

    Carte : Conflits maritimes en Asie du Sud-Est
    Conflits maritimes en Asie du Sud-Est

    Carte : Les flux migratoires du sud-est asiatiques
    Les flux migratoires du sud-est asiatiques

     

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  • 6 May, 2020
    Un monde de migrants

    Un monde de migrants

    Réalisation de la cartographie de ce nouveau numéro de la documentation photographique : Un monde de migrants (CNRS Éditions)
    Sous la direction de Catherine Withol de Wenden (Docteure en science politique, directrice de recherche émérite au CNRS)

    Couverture de ce numéro (septembre 2019)

    Un monde de migrant (CNRS Éditions)
    Depuis 2015, la question des migrations fait l'actualité comme s'il s'agissait d'une réalité nouvelle. Pourtant, elle est une composante essentielle de l'histoire mondiale depuis le XIXe siècle et le peuplement des "nouveaux monde".
    Depuis cette époque, les motivations des migrants n'ont pas changé. Une partie d'entre eux sont des réfugiés, mais l'mmense majorité prend la route pour trouver du travail et construire une vie meilleure.
    Bien que l'immigration légale constitue la majorité des flux, elle est très encadrée et limitée numériquement. Les canditats sont ainsi nombreux à tenter leur chance dans la clandestinité.
    Ce dossier pose les grands enjeux des migrations contemporaines et dissipe un certain nombre de fausses croyances.

    Quelques cartes de l'ouvrage :

    Carte : Les flux migratoires dans le monde
    Les Flux migratoires

    Carte : Les réfugiés dans le monde
    Les réfugiés dans le monde

    Carte : Les migrations intérieures et régionales des Chinois
    Les migrations intérieures et régionales des Chinois

    Carte : Les migrations vers la Russie depuis les pays de la CEI
    Les migrations vers la Russie depuis les pays de la CEI

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  • 20 November, 2018
    C'est comment ailleurs

    C'est comment ailleurs

    C'est comment ailleurs de Gerald Roux, cartographie d'Alexandre Nicolas aux Éditions Autrement. En partenariat avec FranceInfo.

    C'est Comment Ailleurs


    Note de l'éditeur :
    On se pose tous la question : mais comment ça se passe ailleurs? École, transports, vacances, santé, politique, pollution... Les autres pays du monde ont-ils une longueur d'avance sur nous?
    Alors... C'est comment l'agriculture à Chicago ? C'est comment la vie politique en Norvège ou au Rwanda ? Le recyclage du plastique au Kenya ? La Sécu aux États-Unis ? L'obésité au Japon? Le tour cycliste du Burkina Faso ? Les rythmes scolaires en Corée du Sud ?
    Un atlas mondial pour découvrir, en plus de 60 thèmes illustrés, des questions graves, insolites, surprenantes ou amusantes.

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  • 24 July, 2017
    Le Queyras en carte

    Le Queyras en carte

    Le Parc Naturel Régional du Queyras et la communauté de communes du Guillestrois et du Queyras (département des Hautes-Alpes) nous ont contacté afin de réaliser une carte à vocation multiple (brochures touristiques, communication, utilisation interne). La carte se devait donc d'être à la fois complète en terme d'information géographique et esthétique afin d'être publiée. Elle fut réalisée et livrée sous illustrator et afin de pouvoir choisir les informations à la carte. Un estompage en transparence permet également d'apprecier le relief. Pour les amateurs de randonnées voici le site internet du Parc du Queyras : www.pnr-queyras.fr/

    Carte du Queyras (complète)
    Carte du Queyras
    Carte du Queyras (fond vierge)
    Carte du Queyras
    Carte du Queyras (extrait)
    Carte du Queyras
    Carte du Queyras (extrait)
    Carte du Queyras
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  • 25 April, 2017
    Plans de ville

    Plans de ville

    Offices de tourisme, sociétés de consulting, sociétés immobilières, maisons d'édition, vous êtes nombreux à me solliciter afin de concevoir des plans de villes. Voici donc quelques exemples de plans réalisés récemment. Un plan réussi étant un délicat mélange entre la qualité des données géographiques et l'esthétique.

    Avignon (plan de ville réalisé pour une maison d'édition)
    Avignon (plan de ville réalisé pour une maison d'édition)

    Isle-Adam et Pantin (plans de ville réalisés pour la société Eiffage)
    Isle-Adam (plans de ville réalisés pour la société Eiffage)

    antin (plan de ville réalisé pour la société Eiffage)

    Bergerac (plan de ville réalisé pour une société de marketing/communication)
    Plan ville Bergerac site 0

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